Comment êtes-vous arrivé sur le projet Rambo 3 ? Avez-vous été engagé par les
producteurs de Carolco ou bien directement par Sylvester Stallone ?
J'avais écrit un scénario sur la guerre du Vietnam intitulé
Firebase.
Sylvester Stallone a lu ce script
et apparemment a été assez impressionné par l'écriture et la véracité des faits militaires
qui y étaient décrits. J'avais passé plus de quatre ans dans la Marine américaine, dont une
année entière avec l'infanterie au Vietnam, et je pense que
Sylvester Stallone désirait un scénariste qui
ait un certain background militaire pour l'aider à écrire ce scénario avec lui. Sur la base
de ce scénario, il m'a proposé un contrat de deux ans avec sa société White Eagle Productions,
et il m'a ensuite présenté à Andy Vajna et Mario Kassar comme le co-scénariste qu'il avait
choisi pour
Rambo 3.
Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec Sylvester Stallone ?
Que pensiez-vous de ses films avant de le rencontrer ?
J'étais un grand fan des films de
Sylvester Stallone, depuis le moment de ma première vision de
Rocky
au cinéma. J'ai tellement adoré ce film que je me souviens être resté dans la salle une
seconde fois pour le revoir ; je ne crois pas que cela me soit jamais arrivé avant. Je me
suis senti très honoré de le rencontrer en personne, et plus encore de me voir offrir la
possibilité de travailler avec lui sur ce scénario, au sein même de sa société de production.
Cela dit, la première fois que je l'ai vu, je n'étais pas non plus ébahi au point de m'en
décrocher la mâchoire. Nous nous sommes juste bien entendus et avons pu travailler ensemble
de la meilleure façon.
Que pensiez-vous des deux précédents Rambo ?
J'adorais
Rambo pour de multiples
raisons, la moindre n'étant pas le fait qu'il traitait
sérieusement et de façon réaliste ces troubles post-trauma que plusieurs vétérans du Vietnam
avaient manifesté. J'avais rencontré un grand nombre de ces vétérans qui souffraient de PTSD
(Post-Traumatic Stress Disorder) alors que je travaillais sur une pièce de théâtre se
déroulant au Vietnam. Je m'étais dit en voyant le film que
Sylvester Stallone était totalement
crédible dans le rôle d'un de ces vétérans dérangés et totalement rejetés.
Rambo 2 est
plus proche d'un comic book, mais je le vois aussi comme une fable héroïque sans le moindre
temps mort, dans la tradition des légendes de Beowulf, Ulysse, ou Hercules. C'est difficile
pour moi de dire lequel des deux films est mon préféré, ils sont si différents l'un de
l'autre. Mais je dois admettre que
Rambo 2 est sans doute plus distrayant lors de
nombreuses revoyures.
Aviez-vous fait des recherches sur le conflit afghan à l'époque ?
Oui, j'ai fait pas mal de recherches. Il y avait en fait plusieurs livres écrits par différents
journalistes qui avaient passé beaucoup de temps avec les moudjahiddines afghans qui combattaient
à l'époque l'armée russe occupante. Bizarrement, certaines de mes meilleures sources furent des
articles du magazine
Soldier of Fortune, qui diffusait à l'époque des histoires sur l'Afghanistan
dans quasiment tous leurs numéros. Une bonne partie de ces articles étaient composés de récits
pris sur le vif par des reporters et photographes que le magazine avait envoyés sur les lieux
pour couvrir cette guerre.
Et le personnage de Massoud ?
Justement, une partie de ces articles parlaient plus spécifiquement de ce fameux Ahmad
Shah Massoud, ce qui m'a donné l'idée d'en faire un chef rebelle qui combattrait aux côtés
de Rambo. J'ai également lu des articles sur des moudjahiddines plus extrémistes tels que
Gulbaddin Hekmatyar. Rien qu'en lisant certaines interviews de lui, je pouvais déjà supposer
que cet homme serait à l'avenir dangereux. Je n'avais pas tort, il était en l'occurrence le
chef du groupe fondamental islamiste, Hizb-i-Islami, une organisation alliée non seulement
à Al Qaeda, mais également au mouvement taliban actuel. Au final, Ahmad Shah Massoud
devint le leader de l'alliance du nord anti-taliban, et fut assassiné par les agents
d'Osama Ben Laden deux jours avant les attentats du 11 septembre.
Mais qui a eu cette idée, absolument géniale et osée à l'époque, de plonger le
personnage de Rambo dans cette guerre, qu'on peut facilement assimiler à un Vietnam russe ?
Envoyer Rambo en Afghanistan semblait juste évident en ce milieu des années 80.
Sylvester Stallone et
moi en sommes arrivés à cette même conclusion sans même nous concerter.
Avez-vous lu la novélisation du film, écrite par David Morrell ?
Oui, mais comme vous devez le savoir, celle-ci a été écrite après que le film fut terminé,
et était basée sur le scénario que
Sylvester Stallone et moi avions écrit.
Russell Mulcahy était le premier cinéaste prévu sur Rambo 3, dont il
a d'ailleurs tourné certaines scènes. L'avez-vous rencontré et avez-vous discuté du scénario
avec lui ?
Oui, j'ai rencontré Russell Mulcahy très tôt, bien en amont du projet, et je l'ai consulté
à de nombreuses occasions sur certains points. A ce moment, alors que j'écrivais le scénario,
Russell était envoyé par les producteurs dans différents endroits du monde afin de localiser
des lieux potentiels pour le tournage. Assez curieusement, j'avais évoqué assez tôt la
possibilité de tourner en Israël et j'en avais discuté avec Sly, mais il était assez
réticent au départ à l'idée de tourner là-bas, à cause des problèmes de sécurité que
cela posait. Russell et moi avons longuement discuté autour du scénario, mais il faut
bien comprendre que Stallone était le seul et unique à réellement diriger le projet :
il s'agissait de son bébé avant tout, le film n'appartenait à personne d'autre.
Et comment cela s'est-il passé avec Peter MacDonald, remplaçant de
Russell Mulcahy au poste de metteur en scène ?
Je n'ai pas une seule fois rencontré
Peter MacDonald durant toute la durée de mon
travail sur
Rambo 3. Mais j'ai eu la malchance de non seulement le rencontrer, mais
également de "travailler" avec lui sur mon projet
Legionnaire quelques années plus
tard. Le côté ironique de la chose, c'est que Peter a fait très exactement avec moi
sur
Legionnaire ce qu'il avait déjà fait avec Russell sur
Rambo 3 : en gros me critiquer
auprès des producteurs du film, au point de les persuader de me retirer la mise en
scène du film et de la lui confier.
Peter MacDonald et moi n'avons jamais évoqué le renvoi de
Russell Mulcahy, alors que lui et moi étions impliqués sur le film chacun à notre
manière. Je pense que ce salaud souhaitait éviter le sujet principalement parce
qu'il ne voulait pas que j'aie le moindre soupçon sur ses intentions. Mais j'ai
remarqué une chose :
Peter MacDonald n'a jamais eu devant moi le moindre petit mot
gentil sur une personne avec qui il a travaillé sur
Rambo 3. Pas même sur Sly.
Que pensez-vous, avec le recul, de Rambo 3 ?
Les scènes dirigées par Russel Mulcahy sont indéniablement plus renversantes
visuellement que celles mises en scène par
Peter MacDonald. Il s'agit en fait
des scènes dans lesquelles Rambo infiltre de nuit la forteresse soviétique, puis
s'évade de cette même forteresse par les égouts. Par coïncidence, le chef opérateur
de ces scènes, David Gurfinkle, est devenu plus tard le chef opérateur de deux de mes films
films,
The Last Patrol et
The Order - tous les deux tournés en Israël. David a été
lui aussi viré du tournage de
Rambo 3, en même temps que Russell. Toujours à cause
des manigances de
Peter MacDonald.
Aimez-vous malgré tout ce film ?
J'aime bien le résultat final, malgré quelques réserves. Je pense que Sly est allé
peut être un peu loin durant la scène finale, avec ce combat entre l'hélicoptère et
le tank. J'aurais préféré que le film conserve un peu plus les pieds sur Terre,
qu'il soit quand même un peu plus proche de la réalité.
Auriez-vous aimé diriger vous-même le film ?
A l'époque, je n'avais absolument pas l'expérience pour diriger quelque
chose de ce calibre. Aujourd'hui, j'adorerais avoir une telle opportunité.