Avant d'aborder le sujet Rambo, pouvez-vous nous parler un peu de votre
collaboration avec Walter Hill (sur les films Les Guerriers de la nuit, Les Rues de feu, Sans retour) ?
Vous savez, il s'agit d'une longue collaboration, nous avons travaillé ensemble sur plusieurs films, et cela
a aboutit à une véritable et profonde amitié… Ce sujet mériterait une interview complète à lui tout seul.
Par qui avez-vous été contacté pour travailler sur Rambo ?
C'est Andy Vajna, l'un des producteurs du film, qui m'a appelé pour que je vienne à Vancouver…
Il voulait que je rencontre
Ted Kotcheff, le réalisateur. En plus de la rencontre prévue lors
d'un dîner, je suis resté quelque temps sur place pour visiter les lieux, les endroits dans
lesquels nous allions tourner. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus… C'est ainsi
que je suis arrivé sur le projet.
Comment avez vous travaillé sur cette photographie si froide et si particulière au film?
Le visuel "froid" de
Rambo était dicté par deux choses. En premier lieu, les conditions
de tournage et les circonstances. En second lieu, le fait que je souhaitais réellement
que le film soit ressenti par les spectateurs. La détresse de Rambo, courant au milieu
d'un terrain hostile, sous un temps humide et froid, n'aurait eu aucun impact si le film
avait eu une photographie plus classique, plus chaude. Mais je vous invite à lire mes livres
Every Frame A Rembrandt et
It's A Wrap!
qui livrent beaucoup de secrets et d'anecdotes sur ce tournage.
L'atmosphère quasi fantastique de la fin du film, lorsque Rambo revient en ville, était-elle intentionnelle ?
Je pense par exemple à ce plan de l'ombre du personnage qui court sur le mur…
Ce plan de l'ombre de Rambo était en effet volontaire… Ca nous a pris beaucoup de temps, il a fallu un éclairage bien
spécifique pour aboutir à l'effet désiré.
David Morrell considère Rambo comme une sorte de western… Comment voyez-vous le film,
vingt-cinq ans après sa sortie ?
Je n'ai jamais considéré
Rambo comme un western. J'aimais beaucoup l'histoire initiale, ainsi que le scénario,
cette façon de décrire ce vétéran du Vietnam incompris et maltraité. Pour moi, l'histoire n'a pas d'autre
signification, elle ne nécessite pas d'autre sens, d'autre sous-entendu. C'était une histoire très forte,
très belle. Le succès du film, vingt-cinq ans après, est là pour le prouver.
La photographie de Rambo 2 et Rambo 3 est très différente, beaucoup plus chaude, que
celle de Rambo. Que pensez-vous de ces deux séquelles ?
Je ne connais que très peu ces deux séquelles, pas suffisamment en tout cas pour tenter d'imaginer
pourquoi les directeurs de la photographie ont fait quelque chose de si différent. Dans chacun des
films sur lesquels je travaille, je laisse l'histoire me dicter la photographie, sans me préoccuper
d'un quelconque courant ou de je ne sais quelle formule. Si vous comparez le style, le visuel
de
Rambo avec ceux de n'importe quel autre film (photographié par moi ou par quelqu'un d'autre),
je crois que vous serez d'accord pour admettre que Rambo possède un look différent et personnel,
un style qui se suffit à lui-même.